La Ville
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Mère des peuples perdus, va –
Je place mes deux poignets
entre tes dents bitumes
Serres comme un joug qui
s'enivre de puissance
une Seine sans fond
une armée de géants verriers,
la peau des montagnes
le bruit d'une lumière qui
s'invite
chez l'intrus qu'on priait
dans ce coin de mon cœur réservé
aux voisins
qui hurlent le temps nécessaire
pour cuire des pâtes
Promets qu'aucun ne verra mes
péchés
que mes pas anonymes ne
résonneront
que dans l'ardeur de ton
asphalte
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Il pleut des détails sur la
ville, des éclats de verre rompu
qui scintillent sur le bitume.
Les passants avancent comme si
chaque pas était une tentative
de traduction de la pluie en
langage compréhensible. Les
lampadaires crachent une lumière
pâteuse et chaude, balbutiements
électriques dans la pénombre
humide. Au coin de la rue, un
chien a déployé ses épaules
comme un drap sale et regarde
passer le monde avec la patience
du simple. Les vitrines
reflètent des visages flous —
pareils à ces masques portés
lors des foires anciennes —
sourires suspendus par la
lumière dépendante. La ville
respire par ses bouches d'égout,
elle vomit ses ruisseaux d'idées
et de poussière, puis s'absorbe
dans un soupir collectif. Tout
ce qui n'était que murmure
s'élève maintenant en un chant
de tous les étés à venir.
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